JO 2012 : cauchemar totalitaire cyberpunk

Bruno - 6/08/2012
Image:JO 2012 : cauchemar totalitaire cyberpunk

Londres 2012 - "The O-word"
Par Jérémie Nestel & Calimaq

Alors que Jérémie Nestel (Libre Accès) nous alerte sur la disparition des biens communs cognitifs", annonciatrice d’"une société totalitaire", Lionel Maurel (Calimaq) illustre ses craintes par la description du "cauchemar cyberpunk" que sont les Jeux Olympiques 2012 de Londres :

"Les règles mises en place par le CIO pour protéger ses droits de propriété intellectuelle portent gravement atteinte à la sphère publique et elles aboutissent à la destruction de biens communs essentiels."

Pour ces Jeux Olympiques 2012, à Londres, le degré de contrôle n’a jamais été aussi fort : bien plus en fait qu’il ne le fut en Chine, à Pékin, en 2008...

Deux textes donc, proposés ci-dessous, pour tenter de répondre à cette question :

Alors, va-t-on "oeuvrer à ce que la sphère publique s’étende aux espaces cognitifs", comme nous y appelle Jérémie Nestel, et faire en sorte "que ce qui était auparavant considéré comme appartenant au domaine public ne devienne pas la propriété des multinationales" ou, comme s’en inquiète Lionel Maurel, "laisser se dessiner sans doute les contours d’un avenir noir pour nos sociétés" ?

Une société totalitaire

La disparition des biens communs cognitifs annonce une société totalitaire

« Que le peuple sache distinguer la voix de la raison de celle de la corruption et bientôt il verra tomber à ses pieds les chaînes d’or qu’elle lui avait préparées ; autrement lui-même y présentera ses mains égarées, et offrira, d’une voix soumise, de quoi payer les séducteurs qui les livrent à ses tyrans »
Condorcet, Premier mémoire sur l’instruction publique.

La volonté des multinationales de privatiser les biens communs cognitifs est une atteinte à la sphère publique.

La sphère publique, jusqu’à présent désignée comme un espace ouvert accessible à tous, au sein duquel on peut librement circuler, peut s’étendre aux espaces cognitifs.

La connaissance, que nous partageons par le langage et nos écrits, est un élément constitutif de notre identité personnelle et sociale.

Les questions autour de la protection des droits d’auteurs et des brevets occultent l’altérité, les filiations… Comme si « un auteur » n’était redevable à « aucun être humain », à aucun professeur, bibliothécaire, conservateur… La singularité de « l’auteur » est autant constituée par lui que par la société à laquelle il appartient. Cette singularité était révolutionnaire quand il s’agissait d’affirmer que l’on était son propre sujet et non celui d’un roi. Elle perd en revanche toute substance quand elle se confond avec les intérêts d’un « producteur ». Si bien qu’on ne sait plus si le maître de « cette singularité » est « l’auteur » ou « le producteur ».

Les producteurs ont réussi à faire admettre le paradigme suivant : « l’investissement financier ayant servi à produire de la connaissance équivaut à « un titre de propriété ».

Dans ce dessein, ils ont développé mondialement un droit privatif (brevets, droit d’auteur) visant à raréfier artificiellement « la connaissance », à travers des accords mondiaux comme l’ADPIC [1] (ancêtre du projet ACTA) [2]...

L’auteur est devenu un prolétaire 2.0 dans une économie de la connaissance à laquelle il a sacrifié son éthique pensant garantir sa rémunération.

Dans l’économie de la connaissance, le droit de copie, vaut plus cher que l’original.

Dès lors des industries ne sont plus rachetées pour leurs artistes / « leurs usines de production » mais pour leur brevet ou leur catalogue d’œuvres numériques :

Ainsi, un fonds d’investissement privé a racheté EMI pour les droits d’édition de ses catalogues d’œuvres qui constituent un véritable patrimoine. Ces droits sont beaucoup moins volatiles, à l’heure qu’il est, que les droits voisins sur les phonogrammes, et d’une durée de vie plus longue. C’est le seul actif sur lequel lorgnent aujourd’hui les fonds d’investissements : la véritable propriété des œuvres. [3]

Ainsi, GOOGLE a acheté pour 12 milliards MOTOROLA afin de mettre la main sur 17 000 brevets. [4] La connaissance brevetée est devenue un moyen de pression dans des luttes opposant des multinationales pour dominer des marchés [5].

Si la connaissance constitue le nouvel Eldorado des marchés, il est alors normal que la transmission gratuite de la connaissance devienne un enjeu prépondérant.

En France, depuis plus de 15 ans, l’enseignant est redevable d’un « droit de copie » sur ses supports de « transmission ». Plus de 45 millions d’euros auront été versés en 2011 aux éditeurs [6] du fait de la loi sur la gestion collective du droit de reprographie (photocopillage) [7].

L’enseignant et l’élève sont dépossédés du droit de copie des livres : "DANGER le photocopillage tue le livre."

En interdisant le droit de copier, on interdit le droit de transmettre. L’école est devenu le lieu symbole de la dépossession de la connaissance au profit des éditeurs.

Tout ce qui était auparavant considéré comme appartenant au domaine public devient la propriété des multinationales.

En 2009, la société Amazon supprime des lecteurs numériques des centaines de livres achetés légalement sur son site [8]. Actant ce nouvel état de fait : les œuvres culturelles, mêmes celles dont vous êtes l’auteur appartiennent aux Multinationales. Nouvelle tendance de l’informatique dans les nuages versus data center, "vos données" sont accessibles en location.

Nouveau phénomène, DEEZER : la musique ne s’achète plus elle se loue.

Vos productions se trouvent (hormis pour les utilisateurs de logiciels libres) enfermées dans des formats de fichier propriétaires, et maintenant stockées dans des appareils remplis de "verrous numériques" comme les IPAD. Il vous est maintenant difficile de copier les œuvres dont vous êtes vous-mêmes l’auteur.

Les entreprises comme FACEBOOK ou YOUTUBE font fortune avec les données que vous produisez pour elles gracieusement. L’économie des « contenus cognitifs » repose désormais sur leur « appropriation gratuite » et leur exploitation.

La judiciarisation du monde est juste un moyen démocratique de faire admettre des lois totalitaires.

« La connaissance » « nous » constitue en tant qu’humain. Empêcher des hommes, par quelques moyens que ce soit, de propager, partager, « de la connaissance » est un acte que seule une société totalitaire pourrait envisager.

L’homme existe par « son langage », par sa capacité à mettre « en forme » « ses émotions », « ses idées », il n’existe pas dans l’homme « de frontière neuronale » pour séparer les œuvres de l’esprit, qu’elles soient artistiques ou scientifiques.

Aujourd’hui, des bibliothèques publiques sont en train d’accompagner la mise en place sous forme de prêts publics de livres numériques biodégradables. Des auteurs, pour préserver leur droit de rémunération, en sont donc venus à admettre comme légitime qu’on puisse brûler numériquement leur livre pour en empêcher le partage.

La connaissance ressemble de plus en plus à une mappemonde où tout champ de connaissance fait l’objet d’une caractéristique juridique.
De tout temps, le mouvement qui va de la copie à la transformation de la copie a influé l’histoire « de l’Art » et de « la Connaissance ». Empêcher la transformation d’une œuvre, et crèer artificiellement une frontière au sein « des espace communs de la connaissance » est un acte propre à une société totalitaire.

Jérémie Nestel | Libre Accès

Libre Accès (http://libreacces.org/) a pour objet de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux de l’art libre et de défendre les droits de ses amateurs et auteurs.

A propos des textes

La disparition des biens communs cognitifs annonce une société totalitaire
 : par Jérémie Nestel sur http://libreacces.org/ (Libre Accès, consulté le 5 août 2012) - licence Art-Libre.

Comment la propriété intellectuelle a transformé les Jeux Olympiques en cauchemar cyberpunk : par Calimaq sur scinfolex.wordpress.com (consulté le 5 août 2012) - licence Creative Commons Paternité 2.0 France.


copyleft_attitude | La licence Art Libre : "Avec la Licence Art Libre, l’autorisation est donnée de copier, de diffuser et de transformer librement les oeuvres dans le respect des droits de l’auteur."

Libre Accès (http://libreacces.org/) a pour objet de sensibiliser le plus grand nombre aux enjeux de l’art libre et de défendre les droits de ses amateurs et auteurs.

Calimaq - Aka Lionel Maurel - publie un blog "engagé pour la défense et la promotion des biens communs, de la culture libre et du domaine public", SILex (http://scinfolex.wordpress.com/), qui "décrypte et analyse les transformations du droit à l’heure du numérique".

Illustration : Des affiches protestant contre les restrictions imposées par le CIO sur le fondement du droit des marques, SILex, img.

Bruno

 6/08/2012

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